En Afrique, et particulièrement au Mali, les talents naissent chaque jour dans des domaines variés tels que la musique, le sport, l’art ou encore l’entrepreneuriat. Les jeunes ne manquent pas debtalent ni de créativité ni de potentiel. Pourtant, très peu parviennent à transformer leurs rêves en réalité. Comme quoi, ici, rêver est permis, mais réaliser ses rêves conformément à ses ambitions demande parfois un véritable parcours du combattant. Telle une sorte de danse de moribayassa. Pourtant, derrière chaque talent abandonné se cache de véritables atouts pour le pas. Mais hélas, souvent le manque de soutien gâche tout chez eux.
Dès l’école, très tôt dans les classes inférieures, les enseignants demandent aux élèves ce qu’ils souhaitent devenir plus tard. Beaucoup expriment de grandes ambitions, mais au fil du temps, nombreux sont ceux qui s’éloignent de leurs objectifs initiaux. Comme si, progressivement, la réalité finissait par remodeler le destin des enfants.
Dans la plupart des cas, les enfants dotés de talents particuliers sont encouragés à privilégier uniquement leur parcours scolaire. Cette vision est souvent celle de nombreux parents, pour qui les dons artistiques ou sportifs passent au second plan, voire sont minimisés. À l’inverse, dans certains pays européens, un enfant qui rêve de devenir footballeur, par exemple, bénéficie d’un accompagnement structuré vers le professionnalisme. Là-bas, les parcours semblent mieux encadrés et les talents davantage valorisés.
L’Afrique fait face à de nombreux défis, mais l’on rappelle souvent que sa jeunesse représente la clé d’un avenir meilleur. La vie de ces enfants ne devrait pas relever du hasard. Pourtant, la pauvreté pousse de nombreux jeunes à abandonner leurs ambitions. Dans plusieurs clubs de football, par exemple, certains arrêtent faute de moyens pour s’équiper ou poursuivre leur formation. Ironiquement, ce sont parfois les plus talentueux, ceux qui suscitent admiration et espoir, qui finissent par disparaître du paysage sportif.
« Un talent sans soutien est comme une graine sans eau : il ne peut pas grandir. »
Aujourd’hui, l’argent influence fortement tous les domaines. On observe que certaines personnes deviennent virales ou populaires sans forcément avoir une réelle maîtrise de leur art. Les réseaux sociaux sont devenus des outils de visibilité rapide, mais aussi une contrainte, car tout semble désormais devoir passer par eux pour exister publiquement.
Dans ce contexte, il faut être actif, persévérant sur les plateformes numériques et parfois passer par des influenceurs pour espérer toucher un large public. Beaucoup d’artistes maliens en sont l’illustration parfaite, confirmant l’idée selon laquelle « seul le talent ne suffit pas ». Paradoxalement, la médiocrité peut être mise en avant tandis que de véritables talents restent dans l’ombre. Au Mali, il arrive même que certains estiment qu’un artiste ne peut pas percer parce qu’il est trop innovant, ou parce que sa musique s’éloigne des tendances du moment, même si sa qualité est indéniable. La créativité semble parfois s’effacer au profit des modes dominantes.
Par ailleurs, ceux qui devraient soutenir ces talents sont parfois les premiers à les freiner, par jalousie ou égoïsme. Dans ce climat, il devient essentiel de rester endurant, car les critiques sont nombreuses mais les solutions rares.
Malgré la beauté du don, beaucoup n’arrivent pas à franchir les obstacles. Certains sombrent dans le découragement, voire la dépression, en perdant progressivement foi en leur avenir.
À ce propos, plusieurs figures publiques ont partagé leurs expériences difficiles.
D’abord, Himra, aujourd’hui icône de la musique africaine, témoigne :
« J’ai traversé une période vraiment sombre avant de connaître le succès. À un moment, j’étais fatigué de la vie. Je me réveillais parfois pour pleurer, non pas par colère mais par tristesse. Chaque nuit, j’allais sur le terrain. Je faisais le tour jusqu’à 6h du matin et je fuyais la journée et les réalités de la vie. J’avais le cœur lourd. »
Ensuite, Sadio Mané revient sur son parcours avec ces mots :
« Je suis allé à l’école sans chaussures, j’ai vécu des moments difficiles. J’ai travaillé dans les champs. J’ai connu la faim. Je viens d’un petit village où il n’y avait jamais eu de footballeur professionnel. J’ai quitté ma maison sans prévenir ma famille pour aller à Dakar essayer de devenir footballeur. »
Enfin, un rappeur ayant choisi de rester anonyme partage son expérience :
« Cela fait plusieurs années que j’ai débuté la musique et je suis toujourssur cette scène. Depuis mes premières chansons, j’ai eu de la validation. Au studio, toutes mes œuvres obtiennent des scores impressionnants. Mais je galère jusqu’à présent à pouvoir être une star.
Le rap actuel est très saturé et il y a des talents partout. Il faut donc sortir des morceaux tout le temps comme font beaucoup d’artistes. Et pour ce faire, il faut avoir de l’argent pour financer ses sons, s’habiller convenablement pour impressionner dans le visuel etc… Les gens me font des fausses promesses à tout-va et je me sens tellement triste et délaissé. Mais malgré tout, je ne compte pas abandonner car je crois en Dieu et en mon talent. »
Arouna Birama Togola
