Édito: Pourquoi couper, si l’on sait ? Pourquoi couper, si l’on sait qu’une vie peut être brisée en une seconde ?

Sene Kunafoni

Pourquoi infliger à une enfant une douleur qu’elle ne comprend pas encore, au nom d’une tradition qu’elle n’a pas choisie ?
Pourquoi lui retirer une part de son corps, de son intimité, de cette liberté fondamentale de disposer de soi ?

L’excision n’est pas une simple coupure. Elle peut devenir une blessure qui traverse les années, une cicatrice invisible que le temps n’efface pas. Elle peut transformer le rapport au corps, à l’amour, à l’intimité et au plaisir. Pour certaines femmes, lorsque la nuit tombe et que le silence du lit devrait être celui de la tendresse, il devient parfois le théâtre d’une souffrance indicible, d’une peur ancienne, d’un cauchemar que personne ne voit.

Et pourquoi ? Pourquoi accepter qu’une pratique puisse voler à une femme une part de son bien-être, lorsque nous savons qu’elle peut entraîner des douleurs durables et des traumatismes profonds ?
Pourquoi continuer à transmettre une souffrance simplement parce qu’elle nous a été transmise ?

Aucune tradition ne devrait être plus forte que la dignité humaine. Aucun héritage culturel ne devrait condamner une enfant à porter, parfois toute sa vie, les conséquences d’une décision prise pour elle. Couper n’est pas aimer, ce n’est pas protéger, ce n’est pas préparer une fille à devenir femme. Une enfant n’a pas à payer de son corps le prix d’une coutume.

Alors, posons-nous simplement cette question : si nous savons que cela peut briser une vie, pourquoi continuer à couper ? Il est peut-être temps de rompre avec la douleur, plutôt qu’avec le corps des filles.
Abdourahmane Doucoure

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