Nous parlons constamment du manque de médecins, mais nous oublions souvent un problème tout aussi important, voire plus urgent : nous manquons cruellement d’infirmiers, et surtout d’infirmiers spécialisés.
J’ose le dire aujourd’hui : la plus grande révolution de notre système de santé ne viendra peut-être pas d’un nouveau bâtiment hospitalier ou d’un nouvel équipement sophistiqué. Elle viendra de nos infirmiers.
Dans l’imaginaire collectif, beaucoup pensent encore que le médecin fait tout. Pourtant, la réalité du terrain est bien différente.
Le médecin établit le diagnostic, prescrit le traitement, réalise certains actes spécialisés et prend les grandes décisions thérapeutiques. Mais le professionnel qui accompagne le patient tout au long de son hospitalisation, qui surveille son évolution heure après heure, qui administre les traitements, réalise les pansements, pose les perfusions, effectue les injections, contrôle les constantes vitales, éduque le patient, rassure la famille, met à jour le dossier médical et détecte les premières complications est avant tout l’infirmier.
C’est lui qui est présent la nuit.C’est lui qui est présent les week-ends. C’est lui qui est au chevet du malade lorsque tout le monde dort. Et c’est souvent lui qui sauve les premières minutes les plus précieuses avant même l’arrivée du médecin.
Pourtant, malgré ce rôle central, nos effectifs restent insuffisants et nos possibilités de spécialisation demeurent très limitées. Je pense qu’il est temps de changer profondément notre vision.
Le Mali doit investir massivement dans la formation des infirmiers et créer de nouvelles spécialités répondant aux besoins réels de notre population.
Nos écoles pourraient progressivement développer des filières telles que :
-Infirmier en urgences ;
-Infirmier en soins intensifs et réanimation ;
-Infirmier anesthésiste ;
-Infirmier de bloc opératoire ;
-Infirmier en cardiologie ;
-Infirmier en diabétologie et maladies chroniques ;
-Infirmier en néonatalogie ;
-Infirmier en pédiatrie ;
-Infirmier en santé maternelle et obstétricale ;
-Infirmier en oncologie ;
-Infirmier en santé mentale et psychiatrie ;
-Infirmier en prévention et contrôle des infections ;
-Infirmier en dialyse ;
-Infirmier en nutrition clinique ;
-Infirmier en soins palliatifs ;
-Infirmier en santé communautaire ;
-Infirmier scolaire ;
-Infirmier en santé au travail ;
-Infirmier en télésanté et suivi des patients à distance ;
-Infirmier coordinateur de parcours de soins ;
-Infirmier spécialisé en qualité et sécurité des soins ;
-Infirmier clinicien spécialisé dans les plaies et cicatrisations ;
-Infirmier en éducation thérapeutique ;
-Infirmier en réadaptation fonctionnelle.
Ces spécialisations ne sont pas un luxe. Elles représentent une réponse concrète aux défis auxquels notre système de santé est confronté chaque jour.
Imaginez un instant un infirmier spécialisé capable de reconnaître immédiatement les signes d’un AVC dans un centre de santé éloigné, une infirmière spécialisée qui détecte précocement une hémorragie après un accouchement, un infirmier expert en diabète qui accompagne les patients avant que les complications n’apparaissent, ou encore une équipe d’infirmiers de réanimation assurant une surveillance continue des patients les plus graves.
Combien de vies pourraient être sauvées ?
Il est également indispensable d’augmenter considérablement le nombre d’infirmiers dans nos hôpitaux.
Aujourd’hui, il n’est pas rare qu’un seul infirmier doive s’occuper simultanément de dizaines de patients. Dans ces conditions, même le meilleur professionnel ne peut offrir les soins de qualité que chaque malade mérite.
Cette surcharge favorise les erreurs, retarde les prises en charge, épuise les équipes et augmente les risques pour les patients. Former davantage d’infirmiers n’est donc pas une dépense. C’est un investissement rentable.
Un investissement qui améliore la qualité des soins, réduit les complications, diminue la mortalité, raccourcit les durées d’hospitalisation et renforce la confiance des populations envers notre système de santé.
Les pays qui disposent aujourd’hui des systèmes de santé les plus performants ont tous compris une chose essentielle : on ne construit pas un système de santé solide uniquement avec des médecins. On le construit avec des équipes où les infirmiers occupent une place centrale et disposent de compétences avancées.
Le Mali possède des jeunes brillants, motivés et désireux de servir leur pays. Offrons-leur davantage de possibilités de formation.
Modernisons les programmes des écoles de santé; Créons de nouvelles spécialités; Valorisons la profession infirmière; Améliorons les conditions de travail; Recrutons davantage.
Car derrière chaque médecin performant se trouve souvent une équipe d’infirmiers compétents.
Et derrière chaque patient bien soigné se trouve presque toujours un infirmier qui a veillé sur lui, parfois toute la nuit.
Le moment est venu de faire des infirmiers l’une des priorités nationales de notre politique de santé. Parce qu’investir dans les infirmiers, c’est investir dans la vie.
Dr. Sall Zeinabou
