Bamako: Le FORUM d’Investissement dans la filière Coton en gestation pour octobre 2025

Sene Kunafoni

La filière coton malienne, socle de l’économie rurale et premier produit d’exportation agricole du pays, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins.

Si elle demeure un pilier pour l’emploi, les revenus des producteurs et la stabilité des zones rurales, elle est confrontée à de multiples défis structurants qui conditionnent sa résilience et sa compétitivité à long terme. Ces enjeux se déclinent autour des axes suivants :

1. Enjeux économiques et de financement
• Insuffisance de financements structurants pour accompagner la chaîne de valeur, notamment dans la transformation industrielle.
• Dépendance excessive aux subventions publiques et au financement des campagnes agricoles par des partenaires extérieurs.
• Faible mobilisation du secteur privé et des investisseurs nationaux/internationaux dans la filière.

2. Enjeux d’industrialisation et de transformation locale
• Faible capacité industrielle pour transformer le coton fibre en produits à haute valeur ajoutée (textiles, huiles, tourteaux, etc.).
• Manque d’incitations fiscales et industrielles pour encourager la transformation locale.
• Opportunités économiques inexploitées dans le textile, l’habillement, et les sous-produits dérivés.

3. Enjeux énergétiques
• Accès limité à une énergie fiable et abordable, notamment pour les petites unités de transformation rurales.
• Nécessité d’intégrer les énergies renouvelables dans le processus de production et de transformation.

4. Enjeux liés au changement climatique
• Variabilité climatique accrue, affectant les rendements et la qualité des récoltes.
• Érosion des sols, stress hydrique et dégradation de l’environnement menaçant la durabilité des zones cotonnières.
• Nécessité d’adapter les pratiques agricoles (semences résilientes, agroécologie, diversification).

5. Enjeux d’assurance agricole et de protection sociale
• Faible couverture en assurance agricole, exposant les producteurs aux risques climatiques et aux aléas du marché.
• Absence de mécanismes généralisés de sécurité sociale (assurance santé, retraite, accidents de travail) pour les acteurs de la filière.
• Urgence d’introduire des produits d’assurance inclusifs et adaptés au secteur rural.

6. Enjeux humains et sociaux
• Manque de ressources humaines qualifiées, tant au niveau technique qu’industriel (agronomes, transformateurs, mécaniciens agricoles, techniciens textiles…).
• Insuffisance de formations continues, d’alphabétisation fonctionnelle, et de sensibilisation aux normes de qualité.
• Amélioration des conditions de vie, de travail et de logement dans les zones de production.
• Problématique du travail des enfants dans certaines zones, à traiter par l’éducation et la sensibilisation.

7. Enjeux liés à la viabilisation des zones rurales
• Insuffisance d’infrastructures de base : routes rurales, centres de santé, marchés de proximité.
• Désertification progressive de certaines zones agricoles, liée à la pauvreté et au manque d’opportunités.
• Besoins urgents en aménagements hydro-agricoles et de sécurisation foncière.

8. Enjeux de sécurité alimentaire
• Lien direct entre revenus du coton et achats alimentaires des ménages ruraux.
• Besoin de diversification des cultures pour renforcer la sécurité alimentaire locale.
• Promotion du coton vivrier (cotoniculture intégrée aux cultures de subsistance).

9. Enjeux de recherche agricole et d’innovation
• Insuffisance des investissements en recherche appliquée, notamment sur les semences améliorées, les intrants écologiques et la lutte intégrée.
• Faible valorisation des résultats scientifiques produits par les institutions nationales (IER, IPR, etc.).
• Manque de passerelles entre chercheurs, producteurs et transformateurs.

10. Enjeux de mécanisation agricole
• Faible taux de mécanisation, causant une pénibilité du travail et des pertes de productivité.
• Accès limité aux équipements modernes adaptés (tracteurs, décortiqueuses, pulvérisateurs…).
• Absence d’un réseau structuré de maintenance, formation et location de matériel.

11. Enjeux d’organisation et de structuration
• Structuration encore faible des coopératives et OP, avec un encadrement parfois déficient.
• Nécessité de renforcer la gouvernance des organisations paysannes, en les connectant à l’amont et à l’aval de la filière.
• Mise en place d’un système de suivi, de traçabilité et de certification.

12. Enjeux de transformation et consommation locale
• Faible culture de consommation des produits textiles locaux, malgré un potentiel créatif et identitaire fort.
• Insuffisance de promotion des marques nationales et du label “Made in Mali”.
• Lien à renforcer entre production, transformation, commercialisation locale et exportation.

13. Enjeux technologiques et numériques
• Introduction nécessaire de l’intelligence artificielle (IA) dans la gestion des données agricoles, la prévision des récoltes, l’assurance climatique et les marchés.
• Digitalisation des services agricoles : conseil, financement, achats groupés, traçabilité.
• Développement d’applications mobiles adaptées aux producteurs.

Ce panorama montre que la filière coton du Mali doit faire l’objet d’une approche multisectorielle, alliant investissements structurants, politiques publiques ciblées, innovation technologique et partenariat public-privé, pour devenir un moteur durable du développement rural et industriel du pays.

 

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