Sociable et serviable : Blanké Diarra paye son tribut à la nature

Sene Kunafoni

Originaire de Soninkégny, mécanicien chevronné, serviable partout où il vit et peu importe la circonstance (heureuse ou malheureuse), Blanki Diarra est décédé, le samedi 14 décembre 2024, aux environs de 22 h 00 suite à un malaise. Lire le rappel d’un pan de la vie de cet homme qui a consacré son existence à raffermir les liens sociaux.

Certes hypertendu chronique, mais ce samedi 14 décembre 2024, Blanki Diarra ne souffre de rien et n’en a manifesté le moindre signe perçu par son entourage. Conformément à ses habitudes matinales, il arriva dans son garage sis à Djélibougou non loin de la station Total. Posa ses téléphones sur un vieux capot de couleur crème d’un véhicule poids lourd qui lui sert de table et entra dans le conteneur transformé en magasin pour changer ses habits.

Il ressortit après avoir enfilé un blouson gru à multipoche pouvant recevoir plusieurs petits outils de travail. Porter cette tenue est mieux qu’une caisse métallique à clé qui est encombrante et lourde à déplacer dans le garage d’un point à un autre.

Rapidement, il effectua la routine consistant à faire le tour des véhicules dont les réparations n’ont pu terminer la veille. Inspecta d’un coup d’œil de maitre incontesté ceux venus très tôt qui sont confiés aux jeunes Dogon ruraux y passant la nuit tout en assurant le gardiennage. La clientèle de Blanki est essentiellement constituée de propriétaires d’engins à quatre roues, déjà satisfaits lors de leur précédent passage dans son garage.

Ensuite, il repartit les tâches entre ceux qui sont venus apprendre de lui les savoirs en matière de réparation des voitures légères de toutes marques essence et diesel. En ce moment, ce féru du ballon rond qui verbalement matraquait les Djolibistes par le slogan « Blanc joue, blanc gagne » savait-il ou ignorait-il que sa fin était-elle proche ? Seul, Dieu dont le règne est éternel peut répondre à cette question.

Selon ses collègues, après ces tours d’horizon comme à l’accoutumée, Blanki vint s’asseoir dans une chaise installée à un coin qui lui est destiné et activa l’option donnée mobile de son téléphone.

Connecté, il s’imprégna des nouvelles (bonnes ou mauvaises) de son pays, de ses parents et de ses connaissances en surfant sur Facebook et WhatsApp. Il se soumet à cet exercice itératif chaque fois que le temps mort de la journée le lui permet. Sociable inné il l’était, sans s’abonner à la vénalité et au culte de personnalités richissimes et élitistes qui fréquentent son lieu de travail. Membre d’une flopée d’associations et de groupes WhatsApp notamment Bélédougou Donkan et Sinankunya ton (plaisanterie à parenté), il était une lumière qui illumine les initiatives constructives.

Ne fermant les yeux sur aucun bricolage, il tenait durant le démontage, le comptage des crans, le nettoyage des pièces, le bruit émis par une poulie et le montage d’un moteur à transmettre ses connaissances ou à poser des questions de compréhension et d’éclairage à ses apprentis mécaniciens. Il convient aussi de souligner que Blanki n’était pas sévère à l’égard des enfants confiés à lui par des parents souvent démunis.

Chef sans atteindre la limite de l’impitoyable, quand on exigeait à tirer quelqu’un par quatre gaillards pour une faute professionnelle commise, il commuait la sanction à infliger par des tempêtements ou la corvée d’eau consistant à remplir les différents canaris juxtaposés à un tronc d’arbre. En revanche, certains actes d’ordre immoral pouvaient parfois motiver le renvoi de l’intéressé.

Peut en témoigner le peccable auteur de ce (supposé) texte d’hommage qui a connu Blanki, il y a plus d’une décennie, suite à une des pannes interminables de son tacot. C’était grâce à Mahamet Sangaré habitant à Banconi Razel et plus tard à travers Abdoul Karim Bah et Iba Diallo travaillant, à l’époque, à Radio Benkan.

D’après ce qui a été relaté, ce samedi 14 décembre 2024 à midi, comme chaque jour depuis de longues années, on fit venir de la maison de Blanki située à Sangarébougou, du riz bien préparé dont la sauce à accompagner varie de Tiga dégué au Sagasaga via Jabaji. Ce repas est destiné aux apprentis issus de diverses familles. Donc, la journée se passa bien.

Il s’acquitta de ses prières de 14 h 00, de 16 h 00 et de 18 h 50 dans un espace qu’il a lui-même aménagé. Véritable mosquée miniaturisée, il est clôturé par de briques en ciment et le sol intérieur est couvert de sable fin tout en prévoyant l’emplacement du minaret servant de loge à l’imam. Le griot international Bakoroba Diabaté et Cheick Oumar communément appelé « Yigo » en raison de son appartenance à l’ethnie Sarakolé de Kérouané qui exerce la cordonnerie sous le hangar, dirigent généralement la prière dans ce garage.

À entendre certains apprentis, entre 19 et 20 h 00, Blanki prit une voiture afin d’aller vérifier si sa panne a été réparée. Il tarda à revenir. Soudain, le téléphone de Tiékoroba faisant partie des mécaniciens qui peuvent le substituer s’il est confronté à un cas de force majeure, sonna. « Je n’arrive plus à bouger mes pieds sur les pédales, venez me chercher », aurait laissé entendre Blanki en indiquant avec précision d’une voix audible mais mélancolique là où il se trouve à Boulkassoumbougou Couloubleni.

Tiékoroba parti à la maison, informa les apprentis Mallé et Fousseyni de ce qui se passe et leur a instruit de le précéder sur le lieu. Illico, ces deux enfourchèrent une moto Jakarta pour aller secourir leur patron. Dès leur arrivée, ils constatèrent que l’état de Blanki est grave. Ils lui firent déplacer du siège conducteur, l’un prit le volant et fonça droit vers une clinique médicale. Le temps de l’ausculter et de le palper, la propriétaire alla récupérer son véhicule.

Cette clinique n’est distante du garage qu’un demi kilomètre, une autre voiture de marque RAV 4 fut amenée. Les signes cliniques n’incitant à l’espoir de le voir relever, les cliniciens exigèrent son évacuation à l’Hôpital Gabriel Touré. Avant de perdre l’usage de sa langue, il ne cessa de se plaindre d’une rigidité qui, de ses pieds, est train de paralyser tout son corps. C’est comme si quelque chose (le souffle de la vie) lui est coupé à compte-goutte.

Malheureusement, au cours de ce trajet, il coucha sa tête. Des signes clairs qui n’augurent rien de bon. Le véhicule se gara, enfin, sur la rampe d’accès au service d’urgence de l’Hôpital Gabriel Touré.

Un des apprentis annonça au personnel se trouvant au bureau d’entrée, de l’arrivée d’un cas, celui de leur patron devant urgemment être pris en charge.

Un médecin sorti de la salle muni d’un tensiomètre et d’un stéthoscope autour de son cou examina Blanki en quelques minutes. Ensuite, il déclara qu’en cours de route, la faucheuse fit une autre victime qui est loin et même très loin d’être la dernière. Oh my God !

Toute vie prend fin, un jour, par la mort. C’est ainsi qu’aux environs de 22 h 00, sa disparition subite à l’âge de 60 ans a envahi les réseaux sociaux. Ouf de tristesse ! L’émoticône jaune des téléphones portables faisant larmoyer de manière orgiaque les yeux d’un crâne et la locution latine Rest In Peace (RIP) étaient incrustées sur sa photo.

Le dimanche 15 décembre 2024, les obsèques de Blanki se sont déroulées au domicile de Kalifa Diarra situé à Djélibougou près de la rue dite Plaque rouge. Le fils de Fouanssé et de Nômôtié (tous deux Diarra) se repose éternellement au cimetière de Sotuba. C’est ce Kalifa, aujourd’hui, l’unique chef de famille des Diarra issu d’une féconde lignée paternelle qui, incarnant le califat, forma le défunt dans son garage auto sis à Badialan.

Blanki originaire de Soninkégny (derrière Kati) à 35 km de Bamako confie ses deux veuves et leurs orphelins (filles et garçons) à des centaines de parents et d’amis qui l’ont connu.

Le souvenir à garder de lui est sa sociabilité et sa serviabilité en toute circonstance. Véritable boute-en-train semant dans son sillage les graines de paix, il était difficile de voir Blanki en colère. L’ombre formée par le hangar de son garage était une tribune d’expression pluraliste où la force de l’argumentaire cohabitait avec l’argumentaire de force.

Doté d’une faculté indescriptible, il savait ménager chacun de ses visiteurs et clients en fonction de ses traits de caractère. Son lieu de travail était un melting-pot du Mali qui, à longueur de journée, discute de tous les sujets d’intérêt national et international avec respect mutuel et responsabilité des mâtures. Le grin était composé du griot de renom Bakoroba Diabaté (auteur du conte Fifi), du pharmacien Dougnon, de Kéita le grand intellectuel, de Sow opérateur économique, de Flani le floriste, de Zou le paysan, de Sow de l’APDP, du garde Kéita, de Youssouf Cravate du Groupe renouveau, de Diakité migrant de Paris définitivement revenu à Bamako, du Dr Cheick de l’hôpital Luxemburg, de votre humble serviteur pour ne citer que ceux-ci, à titre illustratif et non exhaustif.

Blanki avait consacré un budget quotidien à l’achat de crédit pour alimenter son téléphone. Objectif : servir de pont de liaison et non de mur de séparation entre les gens. Il faisait passer par SMS, vocal et appel direct, l’information relative à un événement heureux et malheureux futur ou présent survenu à l’un des membres du grin. Ainsi, ceux-ci se fréquentaient ou s’appelaient comme des frères.

Cette exaltante mission de coudre et recoudre le tissu social qu’il a su accomplir a fait que l’annonce de son départ pour ce voyage sans retour imposé à toutes âmes s’est répandue telle une trainée de poudre. Celles et ceux qui l’ont vu, durant la journée de ce samedi 14 décembre 2024, étaient d’abord nombreux à la réfuter.

« En cette période où les gens annoncent faussement les décès, j’ai pris mon téléphone pour demander à un de ses collègues, si est réel ce que je suis en train de voir sur les pages Facebook et statuts WhatsApp de mes connaissances », a témoigné un des parents du défunt. « Il m’a dit que vrai est ce que je vois. J’ai exclamé en disant Allahou Akbar avant d’interrompre notre communication », a-t-il ajouté. Ce dimanche 15 décembre 2024, la rougeur de ses yeux exprime qu’il est sincèrement impacté par la perte de Blanki.

Par ailleurs, des signes prémonitoires perçus ont été rapportés par certains. En cette circonstance d’une tristesse incommensurable, notre rédaction présente ses condoléances les plus sincères à la famille de Blanki.

Puisse Dieu permettre à son adjoint Npié Diarra de bien arroser afin d’assurer la croissance des semences nourricières cultivées par celui qui fut son éclaireur. On espère qu’il sera à la hauteur de ce devoir de perpétuation hérité des aléas de la vie. Ce pari qui représente une chance pour Npié, sera-t-il gagné ? Si Dieu nous prête longue vie, le temps répondra à cette question.

Oumar Bah

 

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