Au Mali aujourd’hui, tomber malade ne signifie plus seulement affronter la douleur ou l’inquiétude liée à la maladie. Cela signifie aussi affronter une autre réalité, tout aussi préoccupante : le coût extrêmement élevé des soins médicaux, et plus encore, celui des médicaments. Une situation qui place des milliers de familles maliennes devant un choix douloureux entre se soigner et subvenir aux besoins essentiels du quotidien.
Dans les structures de santé, qu’elles soient publiques ou privées, les consultations médicales représentent déjà une charge importante pour une grande partie de la population. Pourtant, une fois la consultation terminée, c’est souvent là que commence la véritable difficulté. Les patients se retrouvent face à des prescriptions médicales dont le coût dépasse parfois largement celui de la consultation elle-même. Entre les médicaments, les examens biologiques, l’imagerie médicale et les soins complémentaires, les dépenses deviennent rapidement insoutenables pour de nombreuses familles.
Aujourd’hui, il n’est pas rare qu’un patient paie une consultation à un prix relativement accessible, mais qu’il soit ensuite confronté à une ordonnance dont le coût est deux, trois, voire cinq fois supérieur au prix de la consultation. Dans certains cas, le prix des médicaments dépasse même largement les capacités financières mensuelles de certaines familles. Cette situation crée une inégalité profonde dans l’accès aux soins, où consulter devient possible, mais se soigner réellement devient difficile.
Cette réalité est d’autant plus préoccupante que la majorité de la population malienne dispose théoriquement d’une couverture à travers l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO). Cependant, dans la pratique, une grande partie des médicaments prescrits ne figure pas sur la liste des produits remboursables. Ainsi, même les patients assurés doivent payer de leur poche la majorité de leurs traitements. Cette situation réduit considérablement l’impact de la couverture sanitaire et fragilise davantage les populations les plus vulnérables.
Face à ces coûts élevés, de nombreux patients quittent les pharmacies sans leurs médicaments, faute de moyens financiers. D’autres achètent seulement une partie du traitement, ce qui compromet l’efficacité des soins et augmente les risques de complications. Certains renoncent complètement au traitement, aggravant leur état de santé et augmentant, à long terme, la pression sur les structures hospitalières.
Cette situation constitue également un problème majeur de santé publique. Le non-respect des traitements favorise l’aggravation des maladies chroniques, l’apparition de complications et, dans certains cas, le recours à des médicaments de qualité douteuse ou à l’automédication, avec des conséquences parfois dramatiques.
Face à cette réalité, il devient urgent d’agir. Plusieurs solutions peuvent être envisagées pour améliorer l’accès aux médicaments au Mali. D’abord, il est nécessaire de revoir la liste des médicaments pris en charge par l’Assurance Maladie Obligatoire afin d’y inclure davantage de traitements essentiels, notamment pour les maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension ou les maladies cardiovasculaires.
Ensuite, l’État pourrait renforcer la régulation du marché pharmaceutique afin de mieux encadrer les prix des médicaments et éviter les coûts excessifs. La promotion des médicaments génériques de qualité constitue également une solution efficace pour réduire les dépenses de santé tout en garantissant l’efficacité des traitements.
Le renforcement des centrales d’achat publiques et l’encouragement de la production locale de médicaments pourraient également contribuer à rendre les médicaments plus accessibles à la population. Par ailleurs, une meilleure transparence dans la fixation des prix permettrait d’éviter les variations importantes entre pharmacies.
Aujourd’hui, les Maliens ne souffrent pas seulement de la maladie, mais aussi du poids financier des médicaments. La consultation médicale ne devrait pas être l’étape la plus facile du parcours de soins, suivie d’une ordonnance inaccessible pour la majorité des patients.
L’accès aux médicaments doit être considéré comme un droit fondamental. La santé ne doit pas être un luxe réservé à une minorité. Un système de santé équitable est celui qui garantit non seulement l’accès à la consultation, mais aussi l’accès effectif au traitement.
Car consulter sans pouvoir acheter ses médicaments, c’est rester malade malgré l’accès au médecin. Et dans un pays où la majorité de la population fait face à des difficultés économiques, cette réalité devient une urgence sociale et sanitaire.
Le Mali mérite un système de santé où les médicaments ne coûtent pas plus cher que l’espoir de guérison.
Dr Sall Epse Sissoko

