Il fallait être sourd pour ne pas entendre le cri d’alarme de la presse malienne. Il fallait surtout être indifférent pour ne pas y répondre. Pourtant, face à un discours sans ambiguïté, sans détour et sans complaisance, le régime actuel a choisi de faire… presque rien.
Lors de la présentation de vœux de la presse au palais de Koulouba, le président Dante a porté, avec clarté et responsabilité, les préoccupations profondes des professionnels des médias. Des préoccupations connues, répétées, documentées. Des doléances qui, sous d’autres cieux et à d’autres époques, trouvaient souvent une réponse immédiate, parfois même séance tenante. Cette fois-ci, l’espoir fut de courte durée. Car là où l’on attendait des engagements fermes, des décisions courageuses et des actes concrets, la surprise fut grande amère même.
Le président est revenu, une fois de plus, sur la sempiternelle commission chargée de la relecture des textes régissant la presse. Une commission annoncée, réannoncée, installée sur le papier mais figée dans l’inaction. Un an après, le constat est implacable : elle n’a pas bougé d’un iota. Même discours, même promesses, même immobilisme. Les conséquences sont graves. Les nouveaux textes de la presse agonisent dans les tiroirs de l’administration pendant que les médias, eux, continuent de suffoquer. Précarité économique, insécurité juridique, pressions multiples : la presse malienne paie le prix fort de cette indifférence institutionnelle.
Et pourtant, paradoxe cruel, c’est cette même presse que l’on sollicite lorsqu’il s’agit de lutter contre la désinformation, de défendre l’image du pays, de rétablir les faits face aux campagnes de manipulation dont le Mali est victime. On exige d’elle responsabilité, professionnalisme et patriotisme, tout en la privant des moyens légaux et politiques de fonctionner dignement. À force de promesses non tenues, le message envoyé est clair : la presse n’est plus une priorité. Pire, elle semble devenir une gêne que l’on tolère sans jamais l’écouter vraiment.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : une presse affaiblie, c’est un Etat qui vacille. Ignorer ses cris aujourd’hui, c’est préparer les silences dangereux de demain.
Abdourahmane Doucouré

