EDITO : Allo IBK…

Sene Kunafoni

Boua choco, je t’appelle de loin, très loin… là où le silence parle plus fort que les discours, là où les absents deviennent parfois les seuls témoins honnêtes. Tu sais, ici, tout va bien.

Enfin… c’est ce qu’on dit maintenant. C’est devenu une formule, une manière élégante de survivre au réel. Parce qu’au fond, il faut bien rire un peu, sinon on finirait par comprendre. Tu te souviens de l’électricité. ?

Celle qui faisait crier, débattre, … Aujourd’hui, elle peut disparaître deux jours entiers dans certaines localités, sans même provoquer un froncement de sourcil. Le noir est devenu une habitude. Résilience, qu’ils disent, ou peut-être fatigue.
Et ces foules qui priaient sur le boulevard contre la vie chère… tu te rappelles ? Elles sont rentrées sagement dans les mosquées. Le silence a remplacé les slogans, les tapis ont repris leur place, et les invocations ont changé de cible… ou peut-être de ton. Même les lampes et les éventails ont été rangés. Ceux qui les brandissaient avec colère ont trouvé mieux à faire. Peut-être qu’on s’habitue à tout. Même à l’essentiel qui disparaît.
On disait que tu étais le frein… le blocage… la pierre sur la voie de la locomotive. Boua choco, laisse-moi te dire quelque chose en cachette : il n’y a plus de train. Plus de rails, plus de gare, plus même le bruit du départ. Le voyage s’est arrêté, mais étrangement, plus personne ne réclame le billet.

Quelqu’un est venu nous parler d’un train intelligent. Oui, intelligent ! Un train du futur, rapide, moderne… invisible aussi, visiblement. Il a disparu avant même de poser le premier rail. Peut-être qu’il roulait déjà dans les promesses. Aujourd’hui, Boua, on n’a pas de courant… pas d’eau… pas de train… pas de gasoil. Mais attention, ne te méprends pas : tout va bien. Parce qu’on a retrouvé Kidal. Enfin… retrouvée, oui. Accessible ? C’est une autre histoire. Mais tu sais, ici, les symboles suffisent souvent à calmer les réalités.

Je te parle doucement, hein… presque en chuchotant. Parce que si jamais quelqu’un apprend que je t’ai écrit, on pourrait dire que j’ai “atteint le crédit de l’État”. Et ça, tu sais, c’est devenu une maladie grave. Toi au moins, tu aurais peut-être tenté de me sauver… aujourd’hui, chacun se sauve comme il peut.
J’oubliais… celui qui avait juré qu’il fallait que tu partes, celui qui nous promettait la mer kokoji… il a eu une promotion. Et l’autre qui dansait de joie pendant ton élection ? Il dit que tu n’as rien ‘’foutu’’. Bref, Boua… tout va bien. Ou du moins, tout va comme on nous dit que ça doit aller. Repose en paix… Ici, on s’occupe de vivre autrement.
Abdourahmane Doucouré

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