DE LA TERRE À L’ASSIETTE, DE L’ASSIETTE À LA SANTÉ : LE COMBAT DU Dr Bréhima Cissoko (BREHIMA E. CISSOKO) CONTRE LA FAIM CACHÉE EN AFRIQUE CENTRALE ET DE L’OUEST

Sene Kunafoni

À travers les champs agricoles, les usines agroalimentaires, les centres de santé, les universités, les salles de conférence et les plateaux de télévision, une même conviction anime le Dr Brehima Emmanuel Cissoko : « la nutrition ne doit jamais être abordée sous un seul angle ».

Médecin, expert en nutrition et Regional Nutrition, Health & Wellness Manager pour Nestlé Afrique Centrale et de l’Ouest, le Dr Cissoko a consacré ces derniers mois à parcourir plusieurs pays de la région afin de porter un message fort :  » la lutte contre la malnutrition est une responsabilité collective qui commence dans les champs et se termine dans l’état de santé des populations ». Une vision qu’il résume souvent par une formule devenue sa signature : « La nutrition se comprend de la fourche à la fourchette, puis de la fourchette à la santé. »

Une région confrontée à un fardeau nutritionnel majeur.

Au cours de ses missions en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, le Dr Cissoko a multiplié les échanges avec les agriculteurs, les autorités sanitaires, les chercheurs, les médias, les organisations de la société civile, les professionnels de santé et les acteurs du secteur agroalimentaire.

Partout, le constat demeure préoccupant.

Malgré des progrès enregistrés dans plusieurs pays, des millions de personnes continuent de souffrir de carences en micronutriments essentiels tels que le fer, le zinc, la vitamine A, l’acide folique (vitamine B9) ou encore la vitamine B12. Ces déficiences nutritionnelles sont souvent qualifiées de « faim cachée », car elles demeurent invisibles à l’œil nu tout en provoquant des conséquences dramatiques sur la santé publique. Pour le spécialiste de la nutrition, le danger réside précisément dans cette invisibilité.

« La faim cachée est un tueur silencieux. Elle ne fait pas toujours la une des journaux, mais elle détruit des vies, compromet le développement des enfants et freine durablement le progrès économique de nos nations. » Derrière les statistiques, des destins brisés

Lors de ses interventions, le Dr Cissoko s’efforce de dépasser les chiffres pour rappeler la dimension profondément humaine du problème. Selon lui, chaque statistique représente une histoire personnelle, un potentiel humain qui risque de ne jamais s’exprimer. Derrière chaque enfant souffrant d’une carence en fer se trouve peut-être un futur médecin. Derrière chaque retard de croissance se cache peut-être un futur ingénieur, un enseignant, un journaliste, un entrepreneur ou un artiste qui ne pourra jamais atteindre son plein potentiel. Les carences nutritionnelles précoces, particulièrement durant les mille premiers jours de vie, peuvent altérer durablement le développement cognitif, la capacité d’apprentissage, la réussite scolaire et la productivité future. C’est ce lien direct entre nutrition et capital humain que le médecin place systématiquement au cœur de son plaidoyer.

« Quand un enfant souffre de malnutrition, ce n’est pas seulement sa santé qui est menacée. C’est son avenir, celui de sa famille et celui de tout un pays qui sont compromis. »

Une approche globale de la nutrition Contrairement aux approches traditionnelles souvent limitées à la seule consommation alimentaire, le Dr Cissoko défend une vision systémique de la nutrition. Cette approche considère que la qualité nutritionnelle d’un régime alimentaire se construit à chaque étape de la chaîne alimentaire : Production agricole ; Transformation des aliments ; Distribution ; Éducation nutritionnelle ; Consommation ; Impact sanitaire. Durant ses différentes tournées, il a insisté sur la nécessité de créer davantage de passerelles entre les secteurs de l’agriculture, de la santé, de l’éducation, de la recherche scientifique et de l’industrie.

Pour lui, la sécurité alimentaire ne suffit pas.

L’objectif doit être la sécurité nutritionnelle, c’est-à-dire garantir non seulement un accès à la nourriture, mais aussi un accès à des aliments capables de répondre aux besoins nutritionnels réels des populations. Une répartition claire des responsabilités L’un des messages les plus marquants portés par le Dr Cissoko concerne la responsabilité partagée de tous les acteurs de la société. Les gouvernements: Selon l’expert, les pouvoirs publics ont un rôle central à jouer à travers : L’élaboration de politiques nutritionnelles ambitieuses ; Le renforcement des réglementations ; Le développement de programmes nationaux de fortification ; Les interventions de santé publique ciblant les groupes les plus vulnérables. Les professionnels de santé Médecins, infirmiers, nutritionnistes et sages-femmes constituent la première ligne de défense contre la malnutrition.

Leur mission inclut :

L’éducation nutritionnelle ; Le dépistage précoce ; La prévention ; La prise en charge des carences nutritionnelles. Les universités et les centres de recherche Le Dr Cissoko plaide avec force pour une production accrue de données scientifiques locales. Pour lui, l’Afrique doit générer ses propres preuves scientifiques afin : D’orienter les décisions publiques ; D’évaluer les programmes nutritionnels ; De mesurer l’impact des interventions ; D’accélérer l’innovation nutritionnelle.

« Ce qui n’est pas mesuré ne peut être amélioré. La recherche est essentielle pour transformer les intuitions en solutions durables. »

Les consommateurs et les communautés La nutrition joue également un rôle dans les comportements individuels et collectifs. Le médecin encourage les familles à : Diversifier leur alimentation ; Adopter des habitudes alimentaires équilibrées ; Respecter les recommandations nutritionnelles ; Renforcer l’éducation nutritionnelle au sein des foyers.

L’industrie agroalimentaire

Le Dr Cissoko rappelle que l’industrie peut être un acteur majeur de santé publique lorsqu’elle met la science au service de la fortification des aliments avec des micronutriments essentiels constitue, selon lui, l’un des outils les plus efficaces pour réduire les carences à grande échelle. Cette démarche permet d’améliorer la qualité nutritionnelle de produits consommés quotidiennement par des millions de ménages, notamment dans les contextes où l’accès à une alimentation diversifiée reste limité. Faire de la nutrition une priorité de développement Au-delà des enjeux sanitaires, le message du Dr Cissoko est également économique et sociétal. La malnutrition affaiblit les systèmes éducatifs, réduit la productivité des travailleurs, augmente les dépenses de santé et freine la croissance économique. Investir dans la nutrition revient donc à investir dans le développement humain. Selon le spécialiste, les pays qui réussiront demain seront ceux qui protégeront aujourd’hui le potentiel physique et intellectuel de leurs enfants. Un appel à l’action pour toute la région Au terme de ses nombreuses rencontres à travers l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest, le Dr Brehima Emmanuel Cissoko lance un appel simple mais puissant : « Ne regardons plus la nutrition sous un seul angle. Observons-la du champ à la marmite, de la marmite à l’assiette, et de l’assiette à son impact réel sur la santé des populations. C’est ensemble que nous pourrons vaincre la faim cachée et construire une génération plus forte, plus saine et plus productive. » Dans une région où les défis nutritionnels demeurent immenses, cette vision intégrée et fondée sur la science rappelle une vérité fondamentale : la nutrition n’est pas seulement une question d’alimentation. Elle est l’un des piliers du développement humain, de la prospérité économique et de l’avenir de l’Afrique.

Dognoume Diarra

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