Agroécologie paysanne au Mali : trois jours pour promouvoir une agriculture durable

Sene Kunafoni

La première édition de la Semaine nationale de l’agroécologie paysanne a été lancée le lundi 19 octobre 2026 au Mémorial Modibo Keïta, à Bamako, sous le coparrainage du ministre de l’Agriculture et du ministre de l’Élevage et de la Pêche.

Initiée par la Coordination nationale des organisations paysannes (CNOP), cette rencontre se déroule du 19 au 21 octobre autour d’un marché dédié aux produits issus de l’agroécologie. L’agroécologie est une approche agricole qui vise à produire tout en préservant la nature: les sols, l’eau, la biodiversité et la santé humaine. Elle privilégie notamment les pratiques limitant le recours aux engrais chimiques et aux pesticides. À travers ce marché, la CNOP entend faire connaître cette démarche et permettre aux producteurs de présenter leurs produits au grand public. Plusieurs stands proposent notamment des poulets, des papayes, des jus naturels et divers produits transformés.

Pour Ibrahim Coulibaly, président de la CNOP, cette initiative vise à sortir de l’ombre un travail engagé depuis plus de quinze ans. « Nous étions dans l’ombre à former les agriculteurs afin qu’ils puissent fabriquer des engrais bio et cultiver sereinement des produits qui ne rendent pas malades les consommateurs », explique-t-il, en faisant référence aux produits appelés « sénéhoron ».

Selon lui, cette première édition constitue également une occasion de sensibiliser les autorités et la population à l’importance de l’agroécologie. « Nous avons des agriculteurs formés qui, à leur tour, en forment d’autres. Mais nous avons nos limites et nous faisons ce que nous pouvons », souligne-t-il, appelant à un accompagnement accru pour permettre à ces pratiques de se développer à l’échelle nationale.

Le président de la CNOP place cette démarche au cœur de la souveraineté alimentaire. « La première indépendance de l’être humain, c’est d’être indépendant alimentairement, sans dépendre d’un autre pays. Un pays qui n’a pas de souveraineté alimentaire est un pays d’esclaves », affirme-t-il, insistant sur la nécessité de faire de l’agriculture un levier d’autonomie.

Au-delà de la sensibilisation, l’enjeu est aussi économique. Ibrahim Coulibaly invite les consommateurs à se rapprocher des producteurs biologiques et à fréquenter les marchés organisés chaque semaine pour se procurer leurs produits. Il estime que cet intérêt peut contribuer à soutenir les agriculteurs engagés dans cette voie.

Concernant les prix, il rappelle que la production agroécologique demande du travail et des moyens, appelant les consommateurs à en tenir compte. « On ne lave pas le ventre et la santé n’a pas de prix », lance-t-il.

Pour les organisateurs, ces trois journées constituent une première étape avant l’institutionnalisation de l’événement. Elles permettront notamment d’évaluer la capacité de mobilisation, l’organisation et le niveau d’implication des pouvoirs publics. Elles offrent également un cadre de rencontre et de partage d’expériences entre les acteurs du secteur.

En rapprochant producteurs et consommateurs, ce marché ambitionne de faciliter l’accès aux produits agroécologiques, de valoriser les savoir-faire locaux et de renforcer la confiance autour de la qualité des produits. Il pourrait également contribuer à structurer les circuits de commercialisation, à limiter le recours aux intermédiaires et à ouvrir de nouveaux débouchés aux producteurs, tout en favorisant l’amélioration de leurs revenus.

Arouna Birama Togola

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