ENCOURAGEMENT ET SOUTIEN AU PROCUREUR DE LA CYBERCRIMINALITÉ: LETTRE OUVERTE DE MADAME BINTA JEAN BITTARD

Sene Kunafoni

Monsieur le Procureur,
‎Nous, femmes du Mali, mères, épouses, sœurs, citoyennes engagées, vous adressons notre soutien indéfectible dans votre lutte courageuse contre la dépravation des mœurs et les dérives inacceptables qui gangrènent aujourd’hui notre société.

‎Depuis trop longtemps, nous subissons en silence les insultes, les menaces, les humiliations publiques que déversent certains fans de célébrités sur les réseaux sociaux, au nom d’un soutien aveugle et malsain. Ces agressions verbales, dirigées contre les parents d’autrui, contre des anonymes et contre les fondements mêmes de notre société, sont une honte nationale. Elles ne relèvent ni de la liberté d’expression ni de l’art : elles relèvent du mépris, de la violence morale et de la décadence.

‎Vous avez posé un acte fort. Un acte lourd de sens. Et cet acte, nous le saluons avec respect, car il marque le début d’un réveil moral que nous appelions de nos vœux.

‎Aujourd’hui, nos voix s’élèvent. Nous, femmes du Mali, issues des villes comme des campagnes, artisanes du tissu social, gardiennes des valeurs ancestrales, refusons de cautionner l’impunité au nom de la popularité. Nous refusons que l’injure publique devienne un mode d’expression accepté. Nous refusons que l’on piétine les vertus d’honneur, de respect, de dignité, au nom d’un clanisme délétère.

‎Notre démarche n’est pas partisane. Elle n’est ni vengeance, ni haine. Elle est un appel à la justice, la vraie, celle qui ne fait acception de personne. Car que l’on soit riche ou pauvre, célèbre ou inconnu, la justice est la même pour tous. N’est-ce pas là le fondement de l’État de droit ?

‎Nous avons conscience que derrière chaque personne arrêtée, il y a des enfants, des familles, des cœurs qui saignent. Mais que dire alors des victimes ? De ces femmes humiliées ? De ces familles salies publiquement ? De cette société déchirée par le règne de l’insulte et de la vulgarité ?

‎Nous n’irons pas supplier la justice de relâcher qui que ce soit, même si ce sont des femmes, même si elles sont mères. Car la maternité, aussi sacrée soit-elle, ne saurait justifier l’impunité. Ce serait trahir notre combat. Notre combat pour la restauration des valeurs, pour le respect, pour la vérité.

‎Demander la clémence avant même le jugement, n’est-ce pas déjà encourager l’injustice ? N’a-t-on pas clamé haut et fort que nul n’est au-dessus de la loi ?

‎Monsieur le Procureur, restez ferme. Faites votre travail. Le Mali profond vous soutient. Nous, femmes dignes du Mali, sommes à vos côtés. Nous ne voulons plus de cette culture du bruit, du dénigrement, des invectives. Nous voulons une culture qui élève, qui rassemble, qui instruit. Car la culture malienne ne se limite pas à quelques noms célèbres. Elle est immense, riche, et portée par une multitude d’artistes, de griots, de comédiens, de conteurs… tous porteurs d’espoir et de paix.

‎Qu’Allah vous bénisse et vous fortifie dans votre noble mission.

‎Les femmes debout pour la dignité du Mali.

BITTARD BINTA

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