EDITO : « Tout va bien… dit-on »

Sene Kunafoni

Il est devenu, dans notre cher Maliba, une forme de politesse nationale que d’affirmer, avec un sourire convenu et un regard soigneusement détourné, que tout va bien ou, à défaut, que tout ira bien.

C’est une formule rassurante, presque un réflexe collectif. On la répète comme une prière discrète, une incantation fragile contre l’angoisse qui nous habite.
Car voyez-vous, personne n’ignore vraiment l’état des choses. Les rues murmurent ce que les discours taisent. Les silences sont parfois plus éloquents que les proclamations solennelles. Pourtant, chacun s’efforce d’adopter cette posture rassurante : « Ça va », dit-on. Ou, plus prudemment encore : « Ça va aller ». Faut-il y voir de l’optimisme ? Peut-être. Ou bien une prudence devenue seconde nature. Dans un climat où les mots peuvent peser lourd, il est parfois plus sage de choisir ceux qui flottent légèrement dans l’air, sans trop déranger l’équilibre fragile des apparences.
Ne croyez surtout pas que ceux qui prononcent ces phrases soient dépourvus de crainte. Bien au contraire. La peur est devenue une compagne silencieuse de nos conversations. Elle s’invite dans nos pauses, dans nos regards, dans ces phrases que l’on commence sans toujours les terminer.
Moi aussi, j’ai peur. Oui, peur de dire trop, peur de dire mal, peur de dire ce que beaucoup pensent tout bas. Alors, comme les autres, je me joins au chœur des voix mesurées : « Ça ira ». Non pas parce que j’en connais la date, ni parce que l’horizon est déjà dégagé. Je ne sais ni quand ni comment.
Mais je le dis tout de même. Parce qu’au milieu de la lassitude, du doute et de cette étrange mélancolie qui flotte sur nos journées, il nous reste au moins cela : la conviction têtue, presque obstinée, qu’un jour, un jour que personne ne peut encore nommer, les choses finiront par aller. Et d’ici là, nous continuerons sans doute à répéter, avec une ironie douce-amère et une élégance prudente : « Tout va bien. » Ou, si l’on se permet un peu plus de sincérité : « ça ira. »

Abdourahmane Doucoure

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *