Il y a des vérités que nous répétons sans toujours les interroger. Parmi elles, celle-ci : Dieu donne la vie, Dieu la reprend. Une évidence pour les croyants, une consolation face à l’inévitable. Car oui, la mort est réelle.
Elle fait partie de notre condition. Chaque être humain est de passage, inscrit dans un temps limité que nul ne peut prolonger indéfiniment. Mais à force de tout remettre entre les mains du divin, ne finissons-nous pas par fermer les yeux sur nos propres responsabilités ? Combien de morts auraient pu être évitées si l’homme avait simplement fait preuve de rigueur, d’attention, d’humanité ?
Il y a ce médecin qui injecte un sérum sans vérifier, sans contrôler, sans mesurer les risques. Il y a cette sage-femme qui détourne le regard, qui néglige une femme en travail, laissant la vie vaciller là où elle aurait dû être protégée. Il y a cette femme enceinte qui, par ignorance ou par négligence, refuse le suivi prénatal, mettant en danger sa propre vie et celle de l’enfant qu’elle porte. Et après le drame, que dit-on ? “C’était la volonté de Dieu.”
Mais est-ce vraiment le cas ? Sans être mécréant, sans nier la puissance divine, il est nécessaire d’avoir le courage de poser la question : Dieu est-il responsable de ce que nous aurions pu éviter ? Ou utilisons-nous son nom pour masquer nos manquements ?
La bêtise humaine est quotidienne. Elle s’exprime dans les petits gestes négligés comme dans les grandes irresponsabilités. Elle tue, lentement ou brutalement. Et le plus tragique, c’est qu’elle devient banale. Ces morts évitables sont devenues monnaie courante, presque acceptées, comme si elles faisaient partie de l’ordre normal des choses. Reconnaître que Dieu donne et reprend la vie ne doit pas nous dédouaner de notre devoir de vigilance.
Au contraire, cela devrait nous pousser à préserver ce don avec encore plus de sérieux. La foi ne doit pas être une excuse pour l’irresponsabilité. Elle devrait être une exigence supplémentaire. Car entre la mort naturelle, inévitable, et celle que nous précipitons par négligence, il y a une différence fondamentale : l’une relève du destin, l’autre de notre faute.
Et tant que nous refuserons de voir cette vérité, à tout attribuer à Dieu sans nous regarder en face, nous continuerons de perdre des proches, non pas seulement parce que leur heure était venue, mais parce que nous n’avons pas su faire ce qu’il fallait pour les garder en vie.
La Sirène

