ÉDITORIAL : Le “Toulou” et la République

Sene Kunafoni

Lors de la remise officielle du projet de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, le président Assimi Goïta s’est permis un petit détour de langage, presque affectueux, en évoquant le fameux “toulou” l’huile, dans le registre familier ou bambara. Un mot populaire, bien de chez nous. Sauf que cette huile-là, certains continuent d’en verser allègrement sur leurs plats, et de la plus belle des manières.
Oui, Monsieur le Président, le “toulou” n’a pas disparu. Il a juste changé de destinataires. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un œil un tout petit sur le dernier rapport du Vérificateur général : détournements, irrégularités, surfacturations, confusion des genres. Même les tonneaux d’huile n’arriveraient pas à lubrifier autant d’opacité.

Pendant ce temps, les ministres, les membres du CNT roulent en grosses cylindrées, parfois mieux accompagnés que certains chefs d’État africains en exercice. Pendant que le peuple roule sur des routes qui n’en sont plus, eux roulent dans des véhicules qui n’ont jamais connu un nid-de-poule.

Le président a aussi déclaré qu’on avait “enlevé la bouche du monde” de la gestion du pays. Joli trait d’orgueil souverain. Mais le monde, Monsieur le Président, est un village interplanétaire : ses intérêts sont partout, y compris ici. C’est justement parce que la bouche du monde ne parle plus pour nous que notre peuple souffre autant, denrées hors de prix, chomage, jeunes en rade. L’idée de souveraineté est noble.

Prendre son destin en main est un acte courageux. Mais encore faut-il le faire avec méthode, avec résultats, et surtout avec cohérence. À ce jour, beaucoup de promesses sont restées suspendues dans l’air chaud du Sahel.
M. le Président, le temps n’est plus aux slogans bien huilés. Il est temps que ce que vous avancez produise des résultats concrets, visibles, et mesurables. Sinon, le “toulou” finira par glisser jusqu’à ceux qui n’en ont jamais vu une goutte.

Abdourahmane Doucouré

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