Dans un monde traversé par des crises multiples et des rapports de force parfois brutaux, une question revient de plus en plus dans les débats internationaux : les principes défendus par certaines puissances sont-ils appliqués de manière universelle ou sélective ?
La récente prise de position de parlementaires européens demandant aux dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES) de libérer l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum avant avril 2026 remet cette interrogation au cœur de l’actualité diplomatique.
Sur le principe, la défense de la démocratie et de l’ordre constitutionnel est un combat légitime. Personne ne peut sérieusement contester l’importance du respect des institutions issues des urnes. Mais la crédibilité de ces principes repose sur une condition essentielle : leur application équitable dans toutes les situations.
Or, c’est précisément là que le doute s’installe.
Car au moment où l’Union européenne s’alarme du sort de l’ancien président nigérien, d’autres événements majeurs secouent la scène internationale sans provoquer la même mobilisation morale.
Dans certaines situations internationales, des dirigeants sont arrêtés, des opérations militaires sont menées ou des actions unilatérales sont engagées, parfois sous les yeux de la communauté internationale. Pourtant, les réactions officielles restent souvent timides, prudentes, voire silencieuses.
Ce contraste nourrit un sentiment de plus en plus répandu dans plusieurs régions du monde, notamment en Afrique : celui d’une diplomatie à géométrie variable, où les principes semblent parfois suivre les intérêts stratégiques.
Le cas du Niger s’inscrit également dans un contexte politique particulier. Depuis la rupture progressive entre certains pays du Sahel et leurs partenaires occidentaux, une nouvelle dynamique géopolitique est en train d’émerger. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel, revendiquent désormais une politique de souveraineté plus affirmée et une redéfinition de leurs alliances internationales.
Dans ce climat de défiance, toute prise de position extérieure sur les affaires internes de ces États est rapidement perçue comme une pression politique ou une tentative d’ingérence.
Ainsi, la question posée aujourd’hui dépasse largement le cas personnel de Mohamed Bazoum. Elle touche à un enjeu beaucoup plus profond : celui de la cohérence du système international.
Car lorsque les principes sont appliqués de manière sélective, ils perdent progressivement leur force morale et politique. Et lorsque la confiance disparaît, le dialogue entre les nations devient plus fragile.
Dans un monde en pleine recomposition géopolitique, marqué par la montée de nouvelles puissances et l’affirmation de nouvelles souverainetés, la crédibilité des institutions internationales dépendra de leur capacité à défendre les mêmes principes pour tous.
Fousseyni Koné

