Il y a un poids que les mots peinent à décrire, celui de l’enfermement, de la solitude totale, du silence imposé. Celui d’être arraché brutalement aux siens, séparé de sa femme, de ses enfants, de ses proches, non pas pour un crime, mais pour des opinions. Pendant quatre mois, j’ai été plongé dans l’obscurité, confiné loin du monde, loin de tout repère, privé de tout contact humain. La douleur d’être réduit au silence, d’ignorer où se trouvent les visages que l’on aime, et d’imaginer son enfant venir au monde en votre absence, est une déchirure que l’on ne souhaite à personne.
Mais c’est précisément dans ces moments où tout semble vouloir vous effacer que l’on découvre la force immense de la solidarité, la profondeur du courage humain et la puissance de l’espérance. Dans l’obscurité et la solitude, j’imaginais, sans voir ni entendre, l’élan de soutien qui m’accompagnait, moi et les miens.
Lors des rares moments de parole qu’on m’accordait, on tentait de me persuader que personne ne se soucierait de mon sort, que ma cause s’éteindrait dans l’indifférence.
Mais jamais, jamais je n’y ai cru. Je savais qu’au-delà de ces murs, des femmes et des hommes, pour avoir connu et mesuré la profondeur de leur engagement pour la démocratie et les libertés, ne baisseraient jamais les bras, et que la solidarité ne faillirait pas à mon égard.
Je voudrais adresser, du fond du cœur, mes remerciements les plus sincères à toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, se sont mobilisés durant les quatre mois de ma disparition forcée et de ma séquestration.
À ma famille, d’abord à mon épouse, à mes enfants, aux membres du « RESEAU », à mes proches, vous avez porté le poids de l’absence, de l’angoisse et de l’incertitude. Vous avez accueilli un nouveau-né en mon absence, et malgré la douleur, vous êtes restés debout. Votre courage silencieux est un exemple pour moi. Je vous dois plus que des mots.
Je remercie également mon parti, l’ancien parti dissout YELEMA « Le Changement », ainsi que tous ses anciens responsables et militants. Vous avez non seulement exigé ma libération avec constance et conviction, mais vous avez aussi veillé sur ma famille, sur leur dignité et sur leur bien-être. À travers les vivres, l’accompagnement financier, les visites, la solidarité morale, vous avez montré que la politique c’est aussi et surtout un espace d’humanité et de fraternité. Je ne l’oublierai jamais.
À toutes les organisations de défense des droits humains, aux faîtières de la presse en ligne, aux journalistes, rédactions, radios et médias au Mali et à travers le monde , aux activistes au Mali et de la Diaspora; je vous dis merci. Vous avez porté ma voix quand je ne pouvais plus parler. Vous avez tenu la lumière allumée pour empêcher que le silence ne m’efface à jamais. Vous avez fait de mon cas un symbole, un rappel urgent que nul ne doit disparaître dans l’ombre. Votre vigilance est vitale pour notre pays.
Je tiens également à exprimer ma gratitude envers les experts des Nations Unies qui se sont mobilisés pour demander des comptes, dénoncer l’injustice et appeler à ma libération, Leur prise de position publique a été un souffle d’humanité dans un moment où tout semblait vouloir m’arracher à la vie et à la loi. Je n’oublie pas, le CNDH Mali, l’observatoire International des Personnes Disparues, pour avoir prêté toute leur attention à ma situation.
Malgré les souffrances, malgré l’isolement, malgré les privations et l’incertitude, je n’ai jamais perdu espoir. Je savais que je n’étais pas seul. Je savais que dehors, des femmes et des hommes continuaient de se battre pour la vérité, la justice, la dignité et la liberté. Cet espoir m’a tenu debout.
Aujourd’hui, plus que jamais, je suis convaincu du sens et de l’utilité de notre combat.
Notre pays traverse une souffrance profonde qui perdure depuis plusieurs années et s’est progressivement métastasée dans presque tous les domaines de la vie nationale. Pourtant, aucune nation ne s’est jamais relevée sans courage, sans voix et sans engagement citoyen.
Je réaffirme donc, avec force et détermination, mon engagement total pour la liberté, la démocratie, l’État de droit et le bien-être du peuple malien. Je continuerai à défendre ces valeurs, non par défi, mais par conviction. La noblesse de ce combat exige des sacrifices. J’en ai déjà payé le prix, et s’il le fallait, je suis prêt à aller jusqu’au sacrifice ultime pour un Mali de justice, de paix et de dignité.
Je sors de cette épreuve plus déterminé, plus lucide et plus résolu que jamais.
Que chacun sache que ma voix continuera à s’exprimer.
Que chacun sache que notre lutte continue.
Et que chacun sache que nous vaincrons.
El Bachir THIAM
Activiste et militant pour la démocratie et les libertés

