Dans un contexte où les défis nutritionnels en Afrique subsaharienne demeurent particulièrement complexes, le Dr Brehima Emmanuel Cissoko, médecin et expert en nutrition humaine, s’impose comme l’une des voix qui appellent à une transformation profonde des approches traditionnelles.
Son récent séjour au Centre de Recherche et Développement de Nestlé pour l’Afrique subsaharienne, où il est intervenu en qualité de Directeur Nutrition, Santé et Bien-être pour Nestlé Afrique Centrale et de l’Ouest, s’inscrit pleinement dans une dynamique de réflexion stratégique et d’engagement opérationnel visant à promouvoir une nutrition plus efficace et durable.
Au cœur de cette immersion, des échanges approfondis avec des experts de haut niveau issus de l’ensemble de la chaîne alimentaire en Afrique de l’Ouest et du Centre ont permis de revisiter les grands enjeux nutritionnels de la région. Celle-ci fait face à un triple fardeau particulièrement préoccupant : la persistance de la dénutrition, la prévalence élevée des carences en micronutriments, et la progression constante des maladies non transmissibles liées aux transitions alimentaires. Pour le Dr Cissoko, ces problématiques révèlent avant tout les limites d’une approche cloisonnée de la nutrition, longtemps focalisée sur la seule dimension clinique ou sur des causes certes réelles mais souvent superficielles, sans une prise en compte suffisante des déterminants profonds liés aux systèmes alimentaires.
Ce constat l’amène à défendre une vision résolument systémique, articulée autour d’un principe clé devenu le fil conducteur de son engagement : la nutrition doit être pensée « de la fourche à la fourchette ». Cette approche, désormais largement reconnue dans les cercles scientifiques et institutionnels internationaux, implique de considérer l’ensemble du continuum alimentaire, depuis les pratiques agricoles jusqu’aux comportements de consommation, en passant par les processus de transformation et de distribution. Dans cette logique, la qualité de l’alimentation ne se construit pas uniquement dans l’assiette, mais résulte d’un enchaînement de décisions, d’innovations et de responsabilités partagées entre acteurs publics et privés.C’est précisément dans cette optique que le Dr Cissoko a tenu à compléter les échanges institutionnels par une immersion terrain, en allant à la rencontre d’agriculteurs dans des zones parfois éloignées et vulnérables. Cette démarche traduit une volonté claire de reconnecter la réflexion nutritionnelle aux réalités de production. Les discussions engagées avec ces producteurs ont permis de mettre en évidence des enjeux structurants, tels que l’accès aux intrants de qualité, la diffusion de pratiques agricoles durables, ou encore la nécessité de renforcer la résilience économique des exploitations rurales. Pour l’expert, ces dimensions ne relèvent pas uniquement du développement agricole, mais constituent un levier direct d’amélioration de la qualité nutritionnelle des populations.
Parallèlement, les travaux menés avec les équipes du Centre de Recherche et Développement ont mis en lumière le rôle déterminant de l’industrie agroalimentaire dans cette transformation. L’innovation y apparaît comme un axe stratégique majeur, notamment à travers la reformulation des produits, la fortification nutritionnelle et le développement de solutions adaptées aux besoins spécifiques des populations locales. Dans un contexte marqué par des contraintes économiques fortes, la question de l’accessibilité financière des produits s’impose également comme un défi central. Pour le Dr Cissoko, l’industrie ne peut plus se limiter à une logique de production, mais doit pleinement assumer une responsabilité nutritionnelle au service de la santé publique.
Au-delà des constats sectoriels, c’est également le rôle du professionnel de santé qui se trouve profondément redéfini. Fort de son expérience, le Dr Cissoko plaide pour une redéfinition du rôle du médecin nutritionniste clinique, appelé à dépasser le cadre strictement médical pour adopter une approche résolument systémique et intégrée. Selon lui, le praticien doit développer une compréhension fine et globale de l’ensemble des déterminants de la nutrition, à chaque niveau de la chaîne alimentaire — de la production agricole à la consommation, en passant par la transformation et la distribution. Cette posture implique non seulement de dialoguer avec les acteurs agricoles, industriels et les populations, mais aussi de contribuer activement à l’élaboration de politiques publiques. Une telle évolution marque une rupture avec les paradigmes traditionnels et ouvre la voie à une pratique plus transversale, plus éclairée et à fort impact sur la santé des populations.
Dans un environnement en pleine mutation, marqué par les effets conjugués de l’urbanisation, des changements climatiques et de la mondialisation des systèmes alimentaires, la vision portée par le Dr Cissoko s’inscrit dans une dynamique de long terme. Elle met en évidence la nécessité d’une action collective, coordonnée et durable, impliquant l’ensemble des parties prenantes. L’amélioration des indicateurs nutritionnels en Afrique de l’Ouest et du Centre ne pourra se faire sans un alignement stratégique entre politiques publiques, initiatives privées et engagement des communautés locales.
À travers son engagement et son approche, le Dr Brehima Cissoko incarne ainsi une nouvelle génération d’experts, pour qui la nutrition ne se limite plus à une discipline médicale, mais devient un véritable levier de transformation socio-économique. Une conviction traverse l’ensemble de sa démarche : la santé des populations africaines se construit bien en amont de l’acte alimentaire, dans les champs, dans les systèmes de production et dans les choix collectifs qui structurent l’offre alimentaire.
Dans cette perspective, son message résonne comme un appel à repenser en profondeur les modèles actuels : la nutrition, loin d’être un simple enjeu de consommation, est avant tout une question de système. Et c’est précisément dans cette compréhension globale que réside, selon lui, la clé d’un avenir nutritionnel plus équilibré et plus durable pour l’Afrique subsaharienne.
La Rédaction

