Afrique Unie : Simple slogan ou réalité ?

Sene Kunafoni

Depuis des siècles, l’Afrique est confrontée à de nombreuses difficultés : colonisation, guerres, instabilités politiques et ingérences étrangères. Malgré cette histoire commune et ces difficultés communes, qui gangrènent le développement harmonieux des peuples africains, les pays peinent encore à parler d’une seule voix.
Entre rivalités politiques et haine entretenue sur les réseaux sociaux, le rêve d’une Afrique unie semble s’éloigner davantage au quotidien. Comment un continent ayant souffert des mêmes blessures peut-il rester aussi divisé ? L’Afrique est-elle victime des autres ou de ses propres divisions ?

« L’avenir culturel de l’Afrique dépend de son unité », disait Cheikh Anta Diop.

De nos jours, l’unité africaine ne reste souvent qu’une théorie si l’on se penche sur tout ce qui se passe actuellement sur le continent. Le cas de l’Afrique du Sud en est un exemple palpable. Depuis plusieurs semaines, des groupes sud-africains organisent des manifestations et parfois des attaques contre des commerçants et travailleurs étrangers. Pourquoi cette xénophobie envers des frères du même continent ?
Plusieurs raisons expliquent cette situation : le chômage élevé, la pauvreté et les inégalités sociales, la criminalité, ainsi que la croyance que les étrangers volent les emplois ou les opportunités économiques. Certains discours politiques anti-immigration alimentent aussi la colère populaire. Quand des Africains pourchassent d’autres Africains sur leur propre territoire, l’unité africaine devient plus qu’un rêve brisé : elle devient une question urgente. On oublie souvent de le mentionner, mais les premières responsabilités doivent être interrogées du côté des pères de l’indépendance. Grands hommes, porteurs d’espoir et de dignité pour leurs peuples, ils méritent respect et reconnaissance.
Cependant, leurs visions parfois divergentes n’ont pas toujours permis de construire une véritable unité entre les jeunes États africains. Les priorités nationales, souvent dominantes, ont pris le pas sur le rêve d’une solidarité continentale durable. Plusieurs exemples le prouvent : le clivage du groupe de Casablanca contre celui de Monrovia, la rupture du Mali avec la Fédération du Mali, les idées opposées de Kwame Nkrumah et Félix Houphouët-Boigny, la crise du Congo et les rivalités africaines. Les oppositions idéologiques (socialisme contre conservatisme, etc.) montrent que l’unité africaine fut un idéal partagé mais difficile à concrétiser.
Aujourd’hui, il est bien de célébrer des compétitions comme la CAN et d’autres tournois similaires, mais il faut se demander si les Africains se considèrent réellement comme des frères. On assiste à une vague inquiétante de propagation de la haine sur les réseaux sociaux dès qu’une polémique éclate entre deux pays africains.
Le Mali et la Côte d’Ivoire ont longtemps entretenu des relations fraternelles, marquées par la proximité culturelle, les échanges humains et une certaine harmonie entre les populations. Mais ces dernières années, entre tensions politiques et rivalités sportives, cette ambiance conviviale semble se transformer progressivement en crispation, parfois même en hostilité.

Ces réseaux sociaux ont fait qu’aujourd’hui, beaucoup n’ont plus de retenue. Pourtant, ces deux pays sont profondément liés et ne peuvent véritablement évoluer l’un sans l’autre, tant leurs échanges humains, économiques et culturels sont importants. Cependant, certaines prises de parole publiques et publications sur les réseaux sociaux ont parfois attisé les tensions, poussant leurs auteurs à faire face à des conséquences judiciaires lors de leurs déplacements dans le pays qu’ils critiquaient. « Le monde est petit », comme on dit. Le changement ne viendra pas de sitôt, tant que les Africains continueront à se rejeter la faute. Comment peut-on aimer les autres si l’on ne s’aime pas soi-même ?

Néanmoins, que le soleil de l’espérance se lève enfin, afin que les Africains puissent se soutenir face aux nombreux défis auxquels ils sont confrontés, notamment le terrorisme qui s’installe progressivement et auquel beaucoup de chefs d’État restent indifférents tant que le problème ne frappe pas à leur porte.

Arouna Birama Togola

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