Dans une analyse sans concession, force est de mettre en garde les États qui, par calcul géopolitique ou par faiblesse institutionnelle, tolèrent des groupes armés sur leur sol. Le verdict est sans appel : jouer avec le terrorisme, équivaut à un « retour de flamme » inévitable.
Lorsqu’un État laisse son territoire devenir une base arrière pour des groupes terroristes, il doit comprendre qu’il s’expose à un danger majeur. L’histoire montre que les organisations terroristes ne restent jamais confinées à une seule zone. Elles utilisent les territoires tolérants comme des espaces de repos, d’entraînement, de financement et de planification, avant d’étendre leurs actions ailleurs.
Cependant, croire que ces groupes resteront éternellement dirigés contre d’autres pays est une grave erreur stratégique. Le terrorisme n’a pas de loyauté durable envers les États qui ferment les yeux sur sa présence. Aujourd’hui allié de circonstance, il peut devenir demain un ennemi direct et incontrôlable.
Les groupes terroristes fonctionnent selon leur propre logique idéologique, politique ou criminelle. Ils exploitent les failles des États : frontières poreuses, institutions fragiles, corruption ou rivalités politiques.
Une fois installés, ils développent leurs réseaux, recrutent localement, infiltrent les économies informelles et renforcent leur capacité militaire. À ce stade, ils ne dépendent plus d’aucune protection et peuvent retourner leurs armes contre ceux qui les ont tolérés, d’où « le retour de flamme ».
Plusieurs exemples dans l’histoire contemporaine montrent que des mouvements armés initialement utilisés ou tolérés comme instruments d’influence régionale ont fini par menacer directement les États qui les abritaient. En voici des exemples que nous pouvons citer :
Le Pakistan et les Talibans : L’arroseur arrosé.
C’est sans doute l’exemple le plus documenté de « base arrière » devenue incontrôlable.
Dès les années 1990, le Pakistan (via ses services de renseignement, l’ISI) a soutenu les Talibans en Afghanistan pour s’assurer une « profondeur stratégique » face à l’Inde et installer un régime allié à Kaboul. Ce soutien a favorisé l’émergence d’une branche locale, le TTP (Tehrik-i-Taliban Pakistan). Ces « Talibans pakistanais » ont fini par retourner leurs armes contre l’État parrain, multipliant les attentats sanglants sur le sol pakistanais (comme l’attaque de l’école d’Peshawar en 2014) et contestant l’autorité de l’armée dans les zones tribales.
L’Afghanistan et les Moudjahidines : Le berceau d’Al-Qaïda .
Durant la guerre contre l’URSS (1979-1989), l’Afghanistan est devenu le point de ralliement de combattants arabes et internationaux, tolérés et encouragés comme libérateurs.
Une fois les Soviétiques partis, ces combattants ne sont pas rentrés chez eux. Ils ont utilisé cette base arrière pour fonder Al-Qaïda. L’État afghan, alors sous contrôle taliban, a fini par être envahi et détruit par une coalition internationale en 2001 à cause de cette présence qu’il ne pouvait plus (ou ne voulait plus) maîtriser.
Le parrainage des rébellions sahéliennes : pendant des décennies, Mouammar Kadhafi a utilisé la Libye comme une base arrière, un centre d’entraînement et une source de financement pour divers mouvements rebelles d’Afrique subsaharienne (notamment des factions touarègues) afin d’étendre son influence sur le continent. Lors de la chute de son régime en 2011, ces mêmes combattants, lourdement armés, ont quitté la base arrière libyenne pour retourner dans leurs pays d’origine (notamment au Mali). Ce flux a provoqué l’effondrement sécuritaire du Nord-Mali en 2012 et a alimenté la crise djihadiste qui embrase aujourd’hui tout le Sahel, prouvant que l’instabilité finit toujours par franchir les frontières. Le phénomène est connu : le « retour de flamme ». Ce qui était censé être un levier géopolitique devient alors une crise sécuritaire intérieure.
Dans l’immensité sahélienne, où la sensibilité des frontières défie tout contrôle souverain, le péril atteint un seuil critique. Alors offrir un sanctuaire ou une zone de repli à des groupes terroristes ne revient pas seulement à exporter l’instabilité chez le voisin : c’est sciemment préparer le terrain à l’effet boomerang de la violence. Les arsenaux, le fanatisme idéologique et les logistiques criminelles ignorent les tracés cartographiques. Face à cette menace qui croît de manière exponentielle, il est impératif de tirer la sonnette d’alarme : la survie des nations africaines repose désormais sur une solidarité agissante et un soutien sans faille entre voisins. Car, dans cette lutte contre le fléau terroriste, l’inaction ou la complaisance d’aujourd’hui forge les tragédies de demain.
Fousseni Koné

