Celà n’est plus un secret de polichinelle, le système de santé malien se trouve actuellement à un tournant décisif. Selon Dr Zeinabou SALL Epse CISSOKO,
Enseignante Chercheur à l’Université de Birmingham, USA, malgré les efforts fournis depuis plusieurs années, les réalités du terrain montrent que de profondes réformes et des investissements ciblés sont indispensables pour garantir à chaque Malien un accès équitable, digne et efficace aux soins de santé.
Très soucieuse du Mali, elle estime que le premier besoin fondamental dans le système sanitaire malien se situe au niveau du renforcement des infrastructures de santé. « De nombreux centres de santé communautaires manquent encore d’équipements essentiels, de plateaux techniques adaptés et d’espaces conformes pour accueillir les patients. Sans structures solides et fonctionnelles, la qualité des soins restera limitée, surtout dans les zones rurales où les populations sont les plus vulnérables », martèle Dr Zeinabou SALL Epse CISSOKO.
À l’en croire, le deuxième besoin concerne les ressources humaines en santé. Le Mali fait face à une pénurie critique de médecins, sages-femmes, infirmiers, pharmaciens et spécialistes. Beaucoup travaillent dans des conditions difficiles, sans équipements adéquats, sans formations continues, et parfois sans sécurité. Le pays a urgemment besoin d’un plan national ambitieux pour former, motiver, déployer et retenir ses professionnels de santé.
SALL Epse CISSOKO précise qu’un autre besoin majeur est l’amélioration de l’accès financier aux soins. Une grande partie de la population se soigne encore grâce à ses propres moyens, et les gens font de plus en plus recours à la médecine traditionnelle, s’exposant à des dépenses catastrophiques et à un risque élevé de renoncement aux soins. L’assurance maladie universelle, encore embryonnaire, doit être renforcée pour réduire les inégalités et protéger les ménages les plus pauvres.
Le système de santé malien requiert également une meilleure disponibilité des médicaments et consommables médicaux. Les ruptures fréquentes, la faible régulation du marché pharmaceutique et la circulation de produits de mauvaise qualité compromettent gravement la prise en charge des patients. La réforme de la chaîne d’approvisionnement est indispensable pour assurer des médicaments sûrs, accessibles et abordables.
Par ailleurs, la santé publique malienne a besoin d’un système d’information sanitaire moderne et fiable. La collecte de données, la surveillance épidémiologique et l’analyse des indicateurs restent insuffisantes, ce qui empêche une planification efficace et une réponse rapide aux crises, comme les épidémies ou les urgences humanitaires.
Enfin, elle précise que l’intégration des innovations, notamment la télémédecine, représente une opportunité unique pour réduire les distances, améliorer l’accès aux spécialistes et renforcer la continuité des soins. Mais cette innovation nécessite un investissement dans l’électricité, l’internet, et des plateformes adaptées au contexte local. « Le Mali ne manque ni de talent ni de courage. Il manque simplement d’une vision claire, d’une gouvernance renforcée, et de ressources alignées sur les besoins réels de la population. En investissant dans son système de santé, le pays investit dans sa stabilité, sa prospérité et son avenir.
Un système de santé solide n’est pas un luxe : c’est un droit, une nécessité, et un pilier du développement national. Le Mali mérite ce qu’il y a de meilleur et cela commence par la santé », a-t-elle conclu.
L’Œil du Péon

