Morila, cercle de Kignan. Une vive tension secoue actuellement cette localité où plusieurs cultivateurs, installés depuis parfois plus de trente ans, dénoncent ce qu’ils qualifient de décisions arbitraires du chef de village, M. Boubacar Mariko. Au cœur de la controverse : des différends fonciers, des accusations d’abus d’autorité et l’expulsion annoncée de plusieurs exploitants agricoles considérés comme des « étrangers » au village.
Une crise née d’un conflit entre villages
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, l’origine de la crise remonte à un litige foncier opposant le village de Morila à celui de Blendioni. Jadis, les relations entre les deux localités étaient pourtant cordiales. Certains de leurs ressortissants partageaient même les mêmes Associations Villageoises (AV) de producteurs de coton.
Parmi ces producteurs figuraient de nombreux exploitants venus de différentes régions du Mali pour s’installer à Morila et y bâtir leur avenir grâce à l’agriculture. Certains vivent dans la localité depuis 10, 20 voire 30 ans. Leurs porte-parole sont MM. Fousseyni Diarra et Issa Coulibaly.
Le conflit foncier entre la chefferie de Morila et le village de Blendioni aurait conduit à une procédure judiciaire au terme de laquelle le chef de village, M. Boubacar Mariko, aurait été condamné par la justice avant de purger une peine d’emprisonnement.
Selon les plaignants, à son retour, le chef de village aurait adopté une attitude de rupture vis-à-vis de toutes les personnes qu’il considère comme proches de Blendioni ou qui n’auraient pas soutenu sa position dans ce conflit.
Imam démis et cultivateurs mis à l’écart
Les contestataires affirment que l’imam du village, qui avait choisi de ne prendre parti pour aucun camp, aurait été relevé de ses fonctions.
Ils soutiennent également que les membres de l’Association Villageoise n°2, composée à la fois d’habitants de Morila, de Blendioni et de cultivateurs venus d’ailleurs, auraient été sommés de quitter cette structure afin de créer une troisième association placée sous la responsabilité du jeune frère du chef de village.
Face au refus des intéressés d’adhérer à cette réorganisation, les tensions se seraient aggravées.
Selon MM. Diarra et Coulibaly, le chef de village aurait alors exigé que ces cultivateurs quittent Morila et cessent d’exploiter leurs champs, leur reprochant de maintenir de bonnes relations avec les habitants de Blendioni.
Des terres exploitées depuis plusieurs décennies
Les exploitants concernés rappellent pourtant que nombre d’entre eux ont obtenu leurs terres des parents et grands-parents de l’actuel chef de village. Certains cultivent les mêmes parcelles depuis plusieurs décennies sans avoir jamais fait l’objet de litiges ou de sanctions.
« Nous sommes dans un État de droit. Les décisions doivent être conformes aux lois de la République et non aux humeurs d’un individu », soutiennent-ils.
Ils dénoncent également des menaces et des pressions qui viseraient à les contraindre à abandonner leurs terres et à quitter le village.
Que dit la loi malienne ?
Les cultivateurs s’appuient notamment sur la Loi n°2017-001 du 11 avril 2017 portant sur le Foncier Agricole.
Cette loi reconnaît et encadre les pratiques coutumières de prêt de terres agricoles tout en protégeant les droits des différentes parties.
Le texte prévoit notamment que :
* le prêt de terre agricole est une mise à disposition sans contrepartie financière ;
* les accords doivent être sécurisés afin de prévenir les conflits ;
* la reprise d’une terre prêtée ne peut intervenir de manière brutale ou arbitraire ;
* un préavis doit généralement être observé ;
* selon les usages coutumiers, une terre ne peut être retirée en pleine campagne agricole, l’exploitant devant pouvoir terminer la saison culturale en cours.
Par ailleurs, la loi encourage la formalisation des accords fonciers afin de garantir davantage de sécurité juridique aux exploitants.
Un appel aux autorités
Au nom des cultivateurs concernés, MM. Fousseyni Diarra et Issa Coulibaly interpellent les plus hautes autorités administratives, judiciaires et politiques du pays.
Ils estiment que les décisions attribuées au chef de village de Morila constituent une violation des principes régissant le foncier agricole au Mali et appellent l’État à faire respecter les textes en vigueur.
« Nous demandons simplement que la loi soit appliquée à tous. L’accès à la terre ne doit pas devenir un moyen de pression pour imposer des règles contraires au droit », déclarent-ils.
Les porte-parole des cultivateurs affirment vouloir privilégier les voies légales afin d’obtenir justice et éviter que la situation ne dégénère davantage.
Affaire à suivre….
Dognoume Diarra

