Au Mali, le sang continue de couler. Les attaques se multiplient, les familles pleurent, et la nation vacille sous les coups répétés de groupes armés se réclamant de l’islam. Pendant ce temps, un silence dérangeant s’installe : celui d’une partie des autorités religieuses.
Les événements récents, marqués par des pertes humaines lourdes au sein des forces de défense et des civils dont le ministre de la défense et des anciens combattants le général de corps d’armée Sadio Camara a perdu la vie, ont une fois de plus mis en lumière une réalité troublante. Alors que les terroristes revendiquent leurs actes au nom du djihad, où sont les voix fortes, claires et audibles des guides religieux pour déconstruire cette imposture ?
Car il faut le dire sans détour : ce combat n’est pas seulement militaire, il est aussi idéologique. Et sur ce terrain, le silence ou la timidité équivaut à un abandon.
Depuis des années, les Maliens entendent que l’islam est une religion de paix, de tolérance et de pardon. Pourtant, dans les faits, les groupes extrémistes occupent l’espace médiatique et imposent leur propre narration, sans contradiction à la hauteur de l’enjeu. Ce déséquilibre alimente le doute, notamment chez les plus jeunes, et fragilise la confiance dans les institutions religieuses.
Il ne s’agit pas ici de nier les prises de position ponctuelles de certains leaders religieux. Mais soyons lucides : elles restent trop rares, trop faibles ou trop peu relayées pour faire face à la propagande violente et structurée des groupes terroristes.
La question devient alors inévitable : à quoi sert une autorité morale qui ne se fait pas entendre dans les moments les plus critiques de la nation ?
Le Mali traverse une guerre qui dépasse les armes. C’est une bataille pour les esprits, pour la vérité, pour l’avenir. Et dans cette bataille, chaque silence pèse lourd.
Il est temps que les leaders religieux sortent de la réserve, parlent d’une voix forte, nomment clairement le mal et refusent toute ambiguïté. Car laisser les terroristes parler au nom de l’islam sans riposte à la hauteur, c’est leur céder un terrain qu’ils ne devraient jamais occuper.
L’histoire jugera. Et elle sera sans indulgence pour ceux qui, par prudence, par calcul ou par peur, auront choisi de se taire.
Fousseni Koné

